Le Port du Verdon ;
Plusieurs élus de la pointe du Médoc, motivés par Port-Médoc et confiants en l’étoile politique du président de la communauté de communes (CDC), sont opposés à l’implantation d’un terminal méthanier au Verdon. Retranchés derrière des considérations sécuritaires et environnementales, ils semblent en fait craindre de passer à côté des bénéfices escomptés d’un développement touristique « de rapport », présenté comme l’alfa et l’oméga de la CDC.
Que ne méditent ils pas le dynamisme de l’estuaire de la Loire, où La Baule, saint Brévin et la Grande Brière cohabitent avec Saint Nazaire, Montoir et Donges !
Agitant l’épouvantail de la baisse du prix de l’immobilier ou du foncier, ils n’ont eu aucun mal à séduire de nombreux propriétaires de résidences secondaires, éloignés du port, mais proches de leur portefeuille. Quant à la population sédentaire, économiquement et socialement défavorisée, elle a fini par accorder crédit aux discours sur les bienfaits du tourisme quantitatif, dont elle a fort peu de chances de connaître les retombées positives, alors qu’on s’apprête à la priver des revenus fiscaux et économiques d’une nouvelle implantation portuaire. Enfin, toujours prêts à s’engouffrer dans les portes ouvertes, les écologistes utiles ( sens léninien) viennent gonfler les effectifs du collectif « une pointe pour tous » ( ?).
Mais, du point de vue de l’environnement est il bien certain qu’un terminal méthanier soit plus nuisible qu’une déferlante de dizaines de milliers d’estivants qui viennent « consommer » des vacances ? Pour cela qui hésiterait à construire sur les dunes, à saccager ce milieu protecteur, à détruire une flore fragile et unique, à mutiler les paysages ? à dévaster des forêts pour les remplacer par des résidences de tourisme ou des camps de mobil-home « avec piscines » ? à épuiser les nappes d’eau douce, permettant à l’eau salée de se répandre en sous sol pour la stérilisation définitive du territoire ? à lorgner sur les marais pour y construire des palaces sur pilotis ?
Bien sûr, on préfèrerait que la survie du port du Verdon passe par autre chose que le méthane, et on reste stupéfait que le développement du port à conteneurs soit bloqué par la non réfection de 3 km de voie ferrée. Et comme la concurrence doit se réjouir de voir un site portuaire majeur de cette qualité encore sous exploité et poussé à l’abandon !
Mais en démolissant le projet de terminal, les opposants, même s’ils s’en défendent, démolissent l’idée même de port de commerce au Verdon et, au delà, l’image de la mer comme espace d’échange.
Ils sont en fait porteurs d’une vision de la mer purement égoïste et hédoniste. Pour ces opposants organisés, la mer n’est que le dernier endroit de loisir (avant l’espace) ; un des rares où il est encore possible de s’extraire (par l’argent), de la masse. La mer, c’est pour faire du jet-ski, pour sortir à la pêche au gros, pour plonger et bronzer. Ces bateaux de commerce ou de pêche aux formes bizarres, que l’on aperçoit à l’horizon, sont bien laids sales et gênants ; seuls les palaces flottants, parce qu’ils concrétisent leurs fantasmes de luxe et d’aventure, trouvent grâce à leurs yeux. Les autres , on les tolère parce qu’on se doute qu’ils sont utiles pour maintenir son train de vie, mais moins on les voit, mieux on se porte.
Voilà comme un petit pays de tradition maritime, la pointe du Médoc, se laisse subvertir dans l’espoir de devenir un vaste parc d’attraction, terrestre et maritime. N’est ce pas la préfiguration de l’image de la France, si l’on n’y prend garde ?